Le sentier tourne et remonte, dominant le ravin dont les parois verticales s'enfoncent à six cents pieds.

Un rocher, sous lequel une source jaillit. La terre crache l'eau qui décrit une courbe et, par dessus cavalier et monture, se jette dans le gouffre en grondant.

De guingois, un poteau avec une planche clouée. Sur la planche, l'homme pourrait lire : « Ici, Williams C. Work, n'ayant pas pris garde, est tombé avec son attelage de bœufs. »

Mais Hurricane passe, insoucieux. Une vallée s'offre, c'est vers elle qu'il va dans une chevauchée véritablement fantastique. Le spectacle est hallucinant. De tous côtés se dressent des mâts porteurs de moignons informes : c'est la forêt dépouillée par la mort, où le vent lui-même arrête sa course.

Les vieux solitaires sont encore debout, l'écorce mangée, le tronc crevé ; par plaques des lambeaux pendent comme des croûtes soulevées ; des branches se tordent comme si elles avaient conservé la forme de la flamme.

Le feu a passé là, le feu qui, durant des semaines, a couvé, jetant au ciel une fumée âcre et basse, puis les flammes ont jailli et la torche gigantesque a brûlé, très haut, très droite, implacable et dévorante.

Des fougères naissantes essayent de reconstituer la vie.

Hurricane presse les flancs de sa monture dont la robe se plisse et frémit. Enfin, ils s'évadent de cet enfer, c'est une remontée vers l'espérance.

Soudain, du haut du col, par-dessus les cimes de la Sierra, Hurricane voit le soleil se lever.

A gauche, on aperçoit, très nette, la ligne de la montagne à deux milles là-bas, mais la vallée est pleine d'une brume violette, qui devient mauve tendre et puis lilas.