L'astre rayonne, chassant devant lui les dernières ombres de la nuit et, pour saluer sa gloire, un oiseau, comme suspendu à un fil invisible plane et pépie. Pour le remercier, un rayon joue sur son plumage bleu.

Hurricane, joyeux, pousse un cri. Le cheval hennit. L'homme pousse de l'éperon la bête qui part dans un galop plein de lumière.

Au troisième col, le plus élevé, ils s'arrêtent. Le cheval secoue sa crinière, ses jarrets tremblent de la course fournie. Le cavalier se dresse sur ses étriers, un air vif fouette son visage. Les monts, fouillés par la folie des hommes, montrent de larges plaies blanches par où l'or a saigné.

Le lac Weber étale ses eaux vertes dans un cratère mort.

Derrière la ligne d'horizon court le South Pacific Railroad, où la vie accroche ses villes : Cisco, Emigrant Cap, Blue Canon, Towle, Gold Run, Colfax… C'est à Colfax qu'une voie remonte vers le nord par Grass Valley jusqu'à Nevada-City. Puis la Sierra lui barre la route. La civilisation aboutit à ce cul-de-sac. C'est un petit train campagnard, à la machine vieillotte et vite essoufflée…

C'est par là qu'il est venu, lui, Hurricane, et il pense que c'est par là qu'elle viendra.

Mais de Nevada-City, la route est longue. N'est-ce pas pour la diminuer de moitié qu'il est parti chevauchant?

Et ses yeux, habitués aux pistes, aperçoivent très loin un nuage qui monte. Sans doute aucun, c'est le courrier qui vient. Il dévale à la vitesse de ses huit mustangs. Hurricane pique des deux et court à sa rencontre.

Avec un bruit de ferraille, la voiture arrive jaune et bleue. A chaque cahot on croirait qu'elle va se disloquer et voler en éclat, mais elle tient bon. Les essieux crient, les grelots s'agitent, le fouet claque.

Comme un fou, Hurricane va au-devant des chevaux. Ceux-ci lui passeraient bien sur le ventre si sa bête ne faisait un écart.