— Il y a un round up tantôt, vous devriez y aller. Roscoe Bread, qui s'y rendait, m'a dit ce matin que Chas Pete Barnum en serait…
Il ne paraît même pas avoir entendu. Alors Flo sort, claquant la porte avec humeur.
Un round up, les cowboys assemblés, les chevaux qui n'ont jamais connu ni le mors ni la selle, l'arène blonde que la chemise des « mustangers » tache de pourpre, la lutte dangereuse, la bataille, les bêtes qui se dressent verticales, ou qui ruent, et l'homme triomphant sous les bravos de vingt mille personnes! Son goût du risque l'a jeté dans l'aventure, il a imposé sa volonté après une galopade diabolique à l'animal maté ; ceux de l'Oregon, du Texas, du Wyoming ont applaudi à sa victoire.
Oui, mais il y a loin du ranch à la Ville. La chevauchée sous le soleil! Il cherche mille excuses, mais, au fond, il pense que ses muscles sont moins souples : un dégoût monte en lui de son inaction.
Son ranch est connu dans la contrée par ses typiques Shorthorn, aux cornes courtes, ses Shropshires aux mufles noirs et surtout ses Shire Mares aux reins larges et aux pattes poilues.
Mais il est un ranchman pareil aux autres ranchmen, avec cette différence que les autres ont élevé peu à peu une fortune et que lui, à coup de dollars, a fait surgir du sol des installations modernes.
Faire naître une œuvre intéresse. Voir chaque jour, heure par heure, se réaliser ce que l'esprit a conçu est une satisfaction.
Orgueil de parcourir à cheval pendant plusieurs milles une terre qui est à soi, voir pointer les épis de la moisson future… Mais le rêve concrétisé reste le souci de la vie quotidienne.
Besogne simple qui convient aux simples. Le cerveau d'Hurricane est trop riche, il pense en citadin et non en paysan et, de plus, maintenant que l'effort principal est donné, il s'enlise et s'encrasse, inutile.
La paix est faite dans son cœur. Flossie est une compagne fidèle à qui la vie rustique doit suffire : du moins il pense ainsi dans son égoïsme d'homme.