« La douce petite existence » sans heurt, sans violence, les prend sûrement, chaque jour un lien les entoure. Bientôt ils ne pourront plus se débattre. Ils sont destinés à faire figure de chenets au coin du feu, avec l'unique souci de savoir si le temps sera propice aux semailles ou favorable à la moisson.
Une nuit, dans le silence de la montagne, est monté l'appel du loup. L'homme s'est levé d'un bond, le cœur en fête, comme pour la rencontre d'un ami… Il est resté jusqu'à l'aube, debout, le front collé à la vitre, écoutant la voix du vieux solitaire qui vit libre dans la forêt.
Hurricane-chien entre, traînant les pattes. Il va s'asseoir devant son maître, puis longuement il bâille.
— Crois-tu que ça va durer cette vie?
Le chien secoue les oreilles.
— Aujourd'hui pareil à hier, demain pareil à aujourd'hui.
— Haou, pleure la bête.
— Si nous restons, c'est fichu, ma vieille, nous n'aurons jamais plus le courage de nous en aller…
Partir? Le chien comprend cela, son aboi est joyeux. Mais oui, c'est entendu, j'ai saisi ta pensée. Allons, viens, qu'est-ce que tu fais là? Tu hésites maintenant? Ne sois pas lâche. Oui, la pâtée assurée, la paille chaude, je sais, je sais, mais courir frémissant vers la belle aventure, c'est ça qui est merveilleux.