Sa silhouette disparaît derrière la haute ligne des sapins ; elle reparaît au fond de la vallée ; passé le pont de bois qui franchit le torrent, elle s'efface à tout jamais.


Et Flossie, ayant donné son grain aux poules, remonte dans sa chambre. Les mêmes pensées qui hantent Hurricane l'agitent. Il lui semble qu'un voile est tendu devant ses yeux — un rideau qui tombe sitôt la pièce finie.

Par la fenêtre, elle regarde le paysage trop connu, les immuables montagnes qui barrent sa vie. Tiens, sur le sentier, Hurricane! Il est donc sorti, il a sa Winchester et son chien! Allons, tant mieux, cela vaut mieux ainsi. Lorsqu'il rentrera, l'irréparable sera accompli. Elle est femme, donc elle a plus de peine. Un sanglot fait onduler sa gorge, mais elle tend sa volonté, toute sa volonté pour ne pas pleurer.

Son bagage est léger. Sur le seuil, elle a un regard pour toutes ces choses qui, pendant deux ans, ont constitué son bonheur, ces riens auxquels on s'attache, menus présents, futilités où nous voulons voir des gages de tendresse.

Non, elle ne peut le quitter ainsi, cela ne serait pas bien. Vite, deux mots : « Ami, n'ayez pas de chagrin, oubliez-moi. Votre : Flossie. »

Une épingle. Là, sur l'oreiller. Ce soir, il trouvera… Pauvre, pauvre cher garçon.

Et Flossie descend. Sur l'appui d'une fenêtre, le chat sommeille. Du doigt elle lui gratte le crâne ; la bête ronronne sans ouvrir les yeux. La mère Oie et ses filles traversent la cour. Sur les perchoirs il y a des brochettes de poules. Dans l'écurie un cheval piaffe, dans l'étable une vache beugle.

Doucement Flossie pousse la barrière.

EPILOGUE