LA BÊTE ERRANTE

Mush, mush on, boys.

La neige qui tourbillonne aveugle les chiens. Dans les racines gelées, les bêtes se prennent les pattes ; la toundra est dure à franchir, mais bientôt l'équipe sera au bout de sa peine, un mille ou deux et le trail reprendra.

En attendant, il faut veiller au grain, éviter les blocs de glaces, les trous sournois ; il faut constamment redresser le traîneau et le remettre en ligne ; soudain les patins de cuivre mordent le sol durci. C'est le trail.

Mush, mush on, boys.

L'aboi du leader répond à l'invite de l'homme ; les bêtes redoublent d'ardeur, le sleigh file bon train malgré les tourbillons et les rafales.

A l'abri, près d'un boqueteau de sapins, la halte.

L'homme fait du feu, le café chante, les chiens, qui ont mangé leur pâtée, font un cercle, les narines dilatées par l'odeur du lard qui rissole dans la poêle.

— Dites donc, tas de vous…

Un geste. Les bêtes s'écartent, mais, peu à peu, le cercle se resserre.