Hurricane est à la barre, courant derrière le traîneau, attentif à redresser la ligne ou à retenir l'effort du team qui donne une vive allure.
Las de chanter, Gregory siffle son air. Le sifflet excite les bêtes qui tirent sur leurs harnais de toute la force de leurs muscles ; les ongles durs griffent la terre gelée ; quelquefois une bête patine, tombe sur les genoux, un coup de rein la relève.
Les chiens sont attelés à la manière indienne ; le team a la forme d'un éventail qui se replie aux virages. Le leader seul est devant, le museau ras du sol, cherchant sa route.
Une chape grise écrase la terre ; le soleil s'est montré juste trente minutes pour rappeler qu'il existait, une boule safran, sans un rayon ; puis le crépuscule est tombé.
Les arbres ont l'air de fantômes qui regardent impassibles la vaine agitation de ces êtres qui vivent : sept bêtes, deux hommes, perdus sous le cercle polaire.
Puis l'aspect change ; des monts escarpés accompagnent la piste.
— Hell's mount, annonce Gregory qui, aussitôt, commence une nouvelle chanson :
Back Home in Tennessee…
Mais il s'interrompt au premier vers. D'un geste brusque, il rejette sa couverture et, en pleine vitesse, il saute en jurant :
— Sacrés mille diables, attention, garçon! Vous ne voyez donc pas? La piste est coupée.