Et la lanière de cariboo se déroule et claque, non pour battre les bêtes, mais pour les rassembler.
Sur le seuil, les mains aux poches, Hurricane regarde.
Le postier se retourne.
— Ah! vous voilà, vous. Eh bien! soyez heureux, je m'en vais… Vous n'avez plus besoin de moi, je suppose, vous pouvez tenir le biberon à deux mains, baby. Alors au revoir, garçon, bonne chance ; moi, je reprends ma route. Ça gèle dur? Le trail sera meilleur. Le froid n'a pas de prise sur ma carcasse. Elle en a vu d'autres, la pauvre vieille, allez!
« Enfin, vous voilà sur vos pattes, c'est l'essentiel. Sur vos pattes, c'est une façon de parler. Je ne dis pas que vous pourriez, ce soir, vous mesurer avec Bobby-le-Rouge, mais votre épaule est solide, rien de brisé, les tissus se referont tout seuls. Le reste viendra. Le reste, j'entends la boxe, le tonnerre du diable, quoi!… Je bafouille… cela n'a pas d'importance.
« Soixante jours pour la descente, huit jours de repos, soixante étapes pour la remontée, cher garçon, je vous apporterai des nouvelles de votre belle dans neuf semaines, à moins que mes chiens et moi ne laissions nos os au fond de quelque passe. »
Et le postier parle, parle avec la volubilité d'un homme que la solitude attend. De plus, il ne veut point montrer à son copain son regret de devoir le quitter.
Gregory Land, rude Yukoner, a une âme sentimentale qu'il cache sous des manières bourrues. Il est aimable à la façon des ours. Sa main s'abat sur l'épaule de son ami. Hurricane retient un cri.
— La belle brute que je fais, grogne le postier.
Pour prouver son courage, l'autre mate sa douleur, tend la main encore invalide à son ami et celui-ci, sans y prendre garde, la secoue avec énergie, tandis qu'il répète :