Alors les doigts écartent les cailloux et mille petits points apparaissent.
L'or est là, présent, répondant à sa peine.
La terre paye. Il reçoit son salaire, il l'a dans sa main et, avec un rire un peu forcé, il regarde sa paume dans laquelle la poussière d'or miroite.
Il tremble.
Billikins, sans façon, prend une pincée de pay-dirt, l'éprouve du pouce, fait une moue et laisse tomber :
— Gold dust!
Billikins, père rabat-joie, vous n'y entendez rien. Ces petites parcelles plates, de la grosseur d'une tête d'épingle, vous les voyez avec vos yeux de philosophe désabusé, mais le garçon qui est là en est à son premier coup de pioche. C'est la première fois que l'or brûle ses doigts. Il ne sait pas ce chechaquo! Têtes d'épingles, allons donc! Pépites grosses comme des amandes. Que dis-je, des amandes? des noix. Des noix? des œufs, oui, c'est la couvée fabuleuse qui éclot.
Essayez donc de lui démontrer l'inanité de ses pensées ou de ramener à sa juste proportion sa découverte, vous serez bien reçu.
Les prunelles d'Hurricane s'hypnotisent sur le jaune métal. Rien au monde ne lui ferait croire qu'il n'est pas le possesseur de la plus belle mine qui fût jamais découverte sur le territoire du Yukon. Gold dust, eh bien, après!… Once + once = dollars.
Hurricane met dans une pochette sa trouvaille ; trois fois il renouvelle l'expérience, broie le minerai, le pulvérise et le lave ; trois fois au fond de la pan, les joyaux sortent de leur gangue de quartz. Beau début. Belle journée. Le garçon rit, chante, danse.