— Hello, Monsieur Bill, qu'en dites-vous?
Billy n'en dit rien du tout, mais il pense que là-haut, sur l'autre versant de la colline où pâturaient les élans, se cache la véritable fortune.
La fatigue du jour, le froid noir qui pique les poumons, le ciel lourd, le chaos des terres arctiques, Hurricane ne voit rien, ne sent rien ; il marche, léger, la tête haute, ayant l'orgueil de sa force et de sa condition, fier comme s'il portait les plus saintes reliques.
Arrivé dans sa hutte, il ressort sa paye et l'examine à la lueur du foyer. Il prend à témoin Hurricane-chien de la joie présente. Hurricane-chien daigne se lever ; il vient flairer ce que tient si précieusement son maître. Son mufle renifle deux fois. Cela n'est pas bon à manger. Hurricane-chien tourne le dos à la fortune et revient s'accroupir, museau et pattes devant le feu.
Billikins estime que son maître exagère. Dans sa cervelle de Cree, il n'arrive point à comprendre pourquoi les hommes blancs se donnent tant de peine pour gagner cette chose qui brille.
Est-elle donc si utile à la vie? Ne peut-on s'en passer? Lui, son père, ses frères, tous les siens ont souvent trouvé cette chose, surtout dans les cours d'eau, là-bas, du côté de Fairbanks ou de la Tanana, mais le plus misérable des Crees n'en avait pas voulu.
De belles armes de chasse, oui ; des chiens courageux, oui ; des peaux de bêtes, oui ; mais ça? Quelle folie! Et, pour ne pas être complice de cet acte déraisonnable, Billikins passe sa jaquette de fourrure à double queue, s'enroule dans sa couverture, met ses gants de woolverine, qu'il porte attachés par une lanière, puis il se coiffe du plus hilarant chapeau melon qui soit sous le cercle polaire et sort, laissant l'homme blanc à ses contemplations, pour aller retrouver ses frères qui fêtent par des danses et un excellent dîner l'anniversaire de la mort d'un enfant.
CHAPITRE XIII
LE MAITRE ET LE SERVITEUR
Le filon de quartz s'amincit, il a tendance à descendre vers la terre, signe qu'il s'appauvrit.