XVII
DANS LE SILENCE DE LA NUIT
Je suis seul, ce soir, dans ma hutte, mes chiens reposent au dehors; seul avec Tempest roulé en boule devant l'âtre qui flambe.
La journée a été rude et saine. Je me sens heureux, le corps lassé, le cerveau libre.
Ouvrir un livre, à quoi bon? Le dernier journal a deux mois de date, et puis qu'importent ces choses qui sont vieilles, il y a entre le monde et moi des milliers de milles. Le camp le plus proche—où l'on vit de ma vie—est à trois jours de marche, au sud-est.
Quelle ivresse d'être une chose anonyme perdue dans le grand Tout immense!
La nuit polaire m'environne et je savoure la joie calme d'être seul.
La neige ne tombe plus molle sur la neige molle. Rien ne vibre, rien ne vit que mes bêtes et moi.
Dans le ciel clair, il y a l'errance des étoiles qui parcourent leur cycle immuable.
En face de moi, il n'y a rien que la nature dressant la virginité redoutable et le hérissement de la Banquise. Ceux qui ont cherché la Route sont passés plus à l'est. Garde, ô ma Terre, ton secret de la curiosité des hommes!
Et cependant, ce sont les meilleurs qui sont venus à Toi, les cœurs exaltés qui croyaient servir une idée et les cœurs farouches qui suivaient par simple goût de l'aventure.