Le chat-tigre trompe son attente en plantant ses griffes dans la branche qui le soutient. Son museau se plisse et ses oreilles sont rabattues.
Les renards passent, fouineurs, la queue basse, les gris, les argentés, les noirs, les rouges fauves, les blancs rosés; puis, voici les aristocrates, les bleus et les blancs, qui vont du Labrador à la mer de Baffin promenant leurs rares fourrures.
Ils ont le museau large et court, ils trottent sur leurs courtes pattes et changent de pelage deux fois l'an. Blancs en hiver, ils deviennent blond foncé avec des reflets violets en été.
Soudain, peureux, ils se tapissent… l'armée redoutable des loups s'avance…
Les grands loups polaires au pelage souple, noir ou gris, qui vont maigres et nerveux, les oreilles droites, la gueule ouverte essayant de calmer l'atroce faim qui les mord aux entrailles… Ils s'arrêtent parfois les yeux luisants, une patte en l'air, le mufle droit pour prendre le vent… Sur un signal du chef, la troupe repart, avide, empressée…
Grignotant l'écorce des arbres, je reconnais la dent du blaireau et du skunk; la martre veut sa part, la martre au corps agile, fière de sa peau dorée. Le blaireau paisible quitte la place, mais le skunk puant reste, c'est dame Martre qui, dégoûtée, s'en va…
Un cri aigu. C'est l'hermine querelleuse qui se bat. Elle a surpris un vison. Ses dents pointues s'enfoncent dans le cou de la pauvre bête… Les petits yeux ronds se voilent, les pattes grêles se replient, la queue s'agite, deux ou trois fois, un long tremblement court sur son corps… le vison est mort. Quelques gouttelettes de sang souillent la belle robe de l'hermine.
Ces frôlements, en bas, ce sont les rats musqués; en haut, ce sont les petits-gris, aux courtes oreilles pointues, à la queue en panache.
Patak, patak, patak, pflout, pflout, pflout… voici les loups qui reviennent menant leur ronde affamée.
Un aboi, la troupe s'arrête, haletante; dans le lointain un bruit monte, qui va grandissant, on entend un cloq, cloq, cloq, cloq significatif… Ce sont les grands orignals, qu'on nomme ici les cariboos. Les cariboos dont la rotule se déboîte en marchant et produit le bruit sec que les loups connaissent si bien. Si les cloq, cloq, cloq sont répétés, c'est que le troupeau est nombreux, les loups alors s'abstiennent. Si non, la chasse commence. Les cariboos fuient, les femelles et les enfants au milieu, les mâles gardant les flancs et l'arrière. C'est dans la plaine blanche une fuite éperdue… Les loups suivent, les mâchoires claquantes. Désespérés, les mâles font tête… C'est une lutte épique, les loups attaquent en demi-cercle; l'orignal se défend non avec ses bois, mais avec son genou et ses pattes. Malheur au loup imprudent, il roule la tête cassée sur la neige; mais, le plus souvent, les loups se précipitent tous ensemble sur leur proie: le cariboo plie les jarrets et tombe. Il est perdu. Mais sa mort paye la vie des autres qui fuient, cependant que les loups se précipitent à la chaude curée…