—Pour un sacré froid, c'est un sacré froid; savez-vous, Freddy, cher garçon, que nous avons présentement 48 et que nous atteindrons au petit jour 50?

Sous zéro, fichtre, c'est, en effet, une belle température. Mais, encore bourru, je réplique:

—Votre thermomètre à pur alcool bat la berloque.

What do you say?

—Je dis, bat la berloque.

Et pour lui faire comprendre l'expression française, de l'index je toque mon front.

Cette mimique expressive est saisie immédiatement par le postier qui me lance un répertoire d'injures des mieux choisies.

Gregory a cette spécialité de pouvoir jurer dans une quarantaine de langues ou d'idiomes qu'il a ramassés au cours de ses pérégrinations de la British Columbia aux North-West Territories.

Je laisse passer le flot. Après, j'essaye de convaincre mon hôte, à l'aide des données les plus scientifiques, que passé 50 degrés les thermomètres à pur alcool perdent toutes précisions. Devant mes phrases empruntées aux manuels dernière école, Gregory ne dit plus mot; il hausse les épaules, signe d'un profond mépris pour toutes sciences exactes, et chique, preuve irréfutable que ma conversation ne l'intéresse plus.

Cinquante degrés sous zéro, c'est une affaire. J'ouvre la porte et je sors. J'ai simplement relevé le col en wolverine de ma veste de peau. Cinquante degrés, pas possible! L'air est pur. Rien ne trouble l'immense silence de la nuit polaire. La silhouette des sapins se découpe, nette, comme au ciseau. Seule, la terre est dure sous le pied. Et cela est une constatation qui ne trompe pas.