Jessie est partie…
Ce qu'elle me dit. Oh! peu de choses, elle n'a pas fait grand frais…
«Ami, une baleinière appareille tout à l'heure pour Frisco. Je pars. Vous m'en voudrez longtemps, mais lorsque l'apaisement sera fait en vous, vous garderez au fond de votre cœur mon souvenir, parmi les souvenirs qui aident à vivre la vie.»
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* *
J'ai fait ainsi. J'ai creusé un trou dans mon cœur. Un trou profond comme une tombe, et j'ai mis, dans le fond, Jessie Marlowe que j'ai rencontrée trois fois, pour chaque fois la perdre.
Le temps a mis sa fine poussière sur ma mémoire, mais sous la housse grise de l'oubli ma pensée veuve se souvient.
Durant les mauvaises nuits d'hiver, quand les vents descendent du Nord pour heurter à ma porte, je cherche à réunir, un à un, les fils cassés de cette histoire que je jurerais avoir rêvé si je n'avais, devant mes yeux, accroché au mur, le fin poignard, dont la lame triangulaire s'adaptait si bien à la blessure que portait au cou certain sergent de la police montée canadienne.
Jessie Marlowe, vous êtes une réalité. Je vous ai vue, je vous ai connue, vous êtes passée dans ma vie, marquant mon cœur d'une empreinte indélébile.
Et dans le tumulte de mes pensées, plus fort que l'ouragan de jadis, je vous entrevois, Vous, pour qui je n'ai rien été, Vous qui ne fûtes rien pour moi, Vous qui êtes aujourd'hui quelque part dans le monde…