III
LA SUPRÊME SAGESSE OU LE SECRET DU BONHEUR
Si vous vous ennuyez sur le Yukon et que vous redescendiez à la côte vers la Chilkoot pass, n'allez jamais du côté des îles de l'Amirauté et, si, par hasard, le démon des voyages vous pousse, ne traversez pas le chenal et n'entrez jamais dans l'île Baranov.
Où c'est? Au bout de la terre naturellement, pas au bout, au bout, j'exagère, mais vers le 57e degré de latitude nord.
A l'ouest de l'île, si votre mauvaise chance vous amène là, vous dénicherez une ville qui porte le nom des Indiens indigènes, Sitka; les Russes essayèrent bien, lorsqu'ils la fondèrent, de lui donner le nom de Novo-Arkangelsk, mais Novo-Arkangelsk, c'était trop difficile à prononcer, on a adopté Sitka. Sitka, c'est un nom civilisé… a-t-on idée de ces Russes!
Mais, ce n'est pas la question; quand je dis dénicher la ville, je dis bien dénicher. Lorsque vous venez par la mer, vous ne voyez rien: des flots, des écueils masquent la cité, vous n'apercevez à l'horizon que le mont Edgecumbe, debout comme une gigantesque sentinelle et la base occidentale du volcan Vestoria.
Lorsque vous avez doublé l'île Japonaise et suivi un long chenal tortueux, dans le fond, apparaît la crique de Sitka et la ville en amphithéâtre.
Le mot est grand, la chose petite; voyez d'ici un amphithéâtre de 5 à 600 méchantes cabanes de planches ajustées ou de rondins de sapins!
Une église qui tient du minaret et de l'isba autour de laquelle se groupent les maisons. Telle est Sitka.
Mais, que vous importent ces détails, vous n'irez jamais là-bas, gentlemen, heureusement pour vous…
Moi, j'ai voulu voir… J'ai traîné mon ennui par les rues de la ville; par les rues, c'est une façon de parler, dans les bars est plus exact…