—Vous allez me demander si je suis un professeur en rupture de chaire, un prêtre échappé du Séminaire, un savant expulsé de l'Université; non, rien de tout cela, je suis César Escouffiat tout court, et je suis charretier de mon métier…

Il s'assied à mes côtés, sur la caisse dans laquelle est enfermé le fameux haut-de-forme. Il jouit un instant de ma stupeur et ajoute:

—J'ai été à l'école jusqu'à onze ans. J'ai gardé les porcs jusqu'à quinze ans, j'ai cinquante ans, je suis ici depuis près de dix ans.

Il y a un trou dans les explications de mon brave, ce qu'il fit de quinze à quarante ans, qui le saura jamais? César Escouffiat a sauté sans transition de son extrême jeunesse à sa maturité.

Timidement, j'ose l'interroger:

—Et vous avez appris le grec?

—Ici, monsieur, ici, les solitudes du Nord sont mauvaises conseillères, mais quand on a une âme bien trempée, on résiste aux tentations; cela n'est pas toujours facile, et je dis avec Hésiode:

Τὴν μὲν γαρ κακότητα καὶ ἰλαδὸν ἔστιν ἑλέσθαι

Je dois avoir l'air d'Henriette, dans les Femmes savantes, lorsqu'elle dit:

«Pardonnez-moi, monsieur, je n'entends pas le grec.»