«Je travaille parce qu'Hésiode a dit: L'action n'est pas une honte, l'inaction est un opprobre…

—Et vous avez appris le grec?

Il me réplique avec orgueil:

—Tout seul, monsieur, tout seul.

—Mais enfin, pourquoi?

—Pourquoi? parce que je m'ennuyais, monsieur.

César Escouffiat s'est dressé. Il a rouvert son coffre, enlevé minutieusement le papier de soie et, à nouveau, il lustre le poil de l'ineffable chapeau.

Pendant qu'il accomplit cette grave fonction, je regarde autour de moi et, sur une planchette, je vois, pêle-mêle, des livres entre des boîtes de saumon et de lait condensé. Quelques titres m'arrêtent. Isocrate: Conseils à Démonique; Euripide: Electra; Eschyle: Prométhée enchaîné; Jean Chrysostome: Homélie en faveur d'Eutrope; Platon: Apologie de Socrate; Esope: Fables choisies; d'autres gisent avec de gros dictionnaires sur une caisse renversée qui sert de table de nuit, mais j'ignorerai toujours quels en sont les auteurs. César Escouffiat a replacé sur sa tête son chapeau haut-de-forme. Il se tourne alors vers moi; d'un large geste, il se découvre et me salue, puis il me dit:

—Le monde est plein d'imprévu. Je suis heureux de vous avoir rencontré. Nous reverrons-nous? c'est peu probable. Qui sait sa destinée? Tout naît, tout meurt, disent les uns, rien n'a été engendré, rien ne périra, disent les autres; qui croire? Le mieux pour l'homme serait de ne pas naître ainsi que nous l'explique Sophocle du 1215e au 1220e vers d'Œdipe à Colone.

Et César Escouffiat conclut, nettement, en bon français, cette fois: