Des montagnes de Crète, le noroît est descendu. Treize jours, treize nuits, l’ouragan hurle, exigeant une proie. Les mâts craquent, les voiles sont arrachées, les lames balayent le pont, l’abîme ouvre sa gueule béante.
Les fanaux, secoués par les rafales, déplacent les ombres, grappes humaines attendant, résignées, la marque du Destin.
Ils sont deux cent soixante-seize, il n’y a plus d’eau, les vivres manquent, tous défaillent, les matelots se jugent perdus, les passagers grelottent de froid et de peur.
Au grondement du tonnerre, à la lueur des éclairs, Paul voit dans le ciel qui s’illumine la promesse du salut, le signe d’espérance.
Il va, ranimant tous les cœurs, sa voix domine le tumulte des flots.
— Pas un de vous ne perdra un cheveu de sa tête.
Il marche dans les ténèbres, exaltant les courages, clamant sa foi.
Dieu est avec lui, l’ange lui a fait don de ce troupeau.
— Pas un de vous ne périra. Les choses seront comme elles m’ont été dites. Une île est là, prochaine.
Et, dans le matin blême, une terre apparaît…