Raconte-moi ta vie et le Grand Esprit sera de nouveau ton ami…
… Maintenant, ses enfants sont rentrés, sa femme et ses compagnons. Au signal donné par le prêtre, les voix montent, disant la prière du soir, louangeant le Seigneur, lui demandant ses grâces.
Sur la terre nue, recouverte de quelques branches d’épinettes, le malade s’est assoupi. L’Oblat veille, roulé dans son manteau de peaux de lièvres : au milieu des sauvages qui lui sont chers, il est vraiment le missionnaire des pauvres.
Sur le toit, les chiens se battent, grognent et s’apaisent. On n’entend plus que la respiration oppressée de l’homme qui va mourir.
John Peters ! le sorcier, il ne frappera plus son tambour en cadence pour chercher à découvrir la piste de la bête dont la chair se mange, l’approche de l’ennemi ou le mal qui rôde autour du patient.
Il ne chantera plus les combats qui ont rendu fameux les jeunes hommes alors que toutes les tribus étaient libres sur la terre libre.
Le Père remercie Dieu de lui avoir permis de ramener une âme.
Et soudain l’Indien se lève, drapé dans ses haillons, il est debout, décharné, pitoyable et sublime, il va à tâtons et prend un objet bizarre qui pendait à un clou. C’est le vieux tambourin des fêtes, à la peau parcheminée, usé par des générations de jongleurs, celui qui animait les danses païennes et scandait les appels maudits.
— Que fais-tu, mon grand-père ?
— Regarde.