— A tous. C’est l’histoire des migrations humaines. Rien ne peut arrêter l’élan que nous avons donné.

Les Anglais de l’Ontario ont suivi, avec quel intérêt, l’effort des religieux, prêts à se gausser s’il restait stérile. Mais, le succès certain, ils sont venus.

Et le Père Falher soupire.

Je comprends sa pensée et je dis :

— Et les nôtres ? Nos Canadiens français auront-ils une place au soleil albertain ? Laisserez-vous ce pays neuf devenir anglais et protestant ?

— Là est la plaie, là est le danger. Dès 1903, Mgr Grouard l’a vu et l’a signalé. Mais nous étions si loin, dans une région si peu connue, au milieu des sauvages. Etait-ce même en Canada ?

Le R. P. Desmarais, envoyé par Monseigneur à Montréal et à Québec, prêcha dans le désert et personne ne vint à nous.

Mais le cœur de Mgr Grouard ne connaît pas la défaite ; il ne perd pas courage, il s’adresse alors au Gouvernement canadien. Oliver est ministre de l’Intérieur. C’est un self-made-man d’Edmonton, un pionnier du Nord.

Hélas ! il ne veut pas se compromettre ni compromettre ses amis. La politique, mon ami, la politique ! Ouvrir un pays à la civilisation, c’est se créer une foule de difficultés. Oliver refuse un agent officiel, adieu la colonisation.

En 1911, les libéraux tombent, les conservateurs arrivent au pouvoir. Mgr Langevin, archevêque de Saint-Boniface, rencontre Mgr Grouard, à Montréal. C’est un Canadien français, un esprit clair, lucide, un vrai patriote.