— Par quel prodige ?
— Par le miracle d’une volonté chaque jour renouvelée, puisant sa force dans sa propre richesse.
Richesse d’un cœur qui se donne sans calcul, sans arrière-pensée.
Et de l’âme du chef la lumière rayonne jusqu’aux plus humbles, jusqu’aux derniers des serviteurs.
C’est un ruissellement.
Que sont auprès d’eux les héros des épopées éteintes ? Les Grecs astucieux, les chevaliers mystiques ? Le vent qui passe sur la terre africaine emporte la fumée du bûcher de Didon ; sur la mer civilisée la trace est effacée de la barque errante d’Ulysse. L’étrave a fendu le flot, le flot s’est refermé. Rien ne reste, rien ne subsiste.
Dans la marche vers l’ouest, l’histoire du monde se perpétue avec les mêmes douleurs, les mêmes sacrifices et la même espérance.
Dans le fond des bois, la vie s’éveille. L’homme-de-la-prière a passé.
J’ai dit tout haut ma pensée et le Père Falher me répond :
— Ce n’est pas nous qu’il faut citer, mais les colons qui ont eu confiance.