Allons donc !
Oui, des bords de l’Atlantique à la Saskatchewan, de Québec à Edmonton, c’est le cœur de la France qui bat. Si un jour, par un cataclysme inouï, notre vieille terre gauloise perdait tout prestige et en arrivait à l’oubli de soi-même, nos frères du Saint-Laurent, tenant dans un poing qui ne tremble pas le flambeau que nous leur avons confié, rallumeraient chez nous le pur foyer de la civilisation latine.
Je songe à ces choses dans la chambre aux murs nus du Père Falher où le Christ consolateur offre son corps supplicié, là-haut, dans cette mission Saint-Bernard, à la pointe du Petit lac des Esclaves.
Proches, des voix d’enfants chantent.
Sur la neige, une religieuse passe, tenant un falot, la lumière bouge. C’est la seule étoile de cette solitude.
Une cloche tinte. L’Angélus ! Le Père Falher et le Père Blanchin font le signe de la croix.
LA CHANSON DU PAYS
Dans la nuit polaire, si pure, si belle, une nuit bleue et froide, la traîne indienne suit la piste, les chiens tirent à plein collier, l’ongle dur griffant la neige, le museau bas, flairant le « trail ».
Sapins et épinettes défilent ; où sont les bêtes de la forêt, les caribous et les ours et la harde famélique des loups ?
Là-bas, une lueur. Les chiens se hâtent et bientôt la cabane, faite de rondins de sapins assemblés, se détache nette sur l’horizon.