Sur l’herbe rouge, les bêtes sont dépouillées et puis c’est le retour de la tribu. Longue ripaille autour des feux, dans l’insouciance du lendemain.

Demain ! A quoi bon ! Le Soleil-Dieu nous éclaire, les rites ont été accomplis, le fagot sacré, l’ékestokisim a brûlé au moment même où l’astre est monté au ras de l’horizon ; la vierge a dormi le sommeil de guerre cependant que les sorciers haranguaient la nation ; les sept ordres de guerriers ont dansé et vanté leurs exploits ; les jeunes hommes se sont mutilés ; par les plaies béantes, le sang ruisselle.

Pardonnez-leur, Seigneur, ils ne savent ce qu’ils font. Personne n’est venu leur donner des paroles de paix. Que savent-ils ?

Il y a par le monde un esprit bon et un mauvais esprit.

Manitou et machi manitou. Yédarié néson et yédarié slim.

L’un parfois domine l’autre, tissant les jours de joie ou de peine.

Indiens de la forêt ou de la plaine apaisent les mauvais esprits par des sacrifices sanglants.

Une morale existe : ne pas tuer, ne pas voler, ne pas se mettre en colère, mais la vengeance est un droit sacré.

Le ciel est un pays de chasse où les buffles vont en troupeaux.

L’enfer, une gorge dans la montagne, où règne un froid éternel, sans un brin d’herbe, sans une bête errante. On a faim sans pouvoir se rassasier, on a soif sans pouvoir se désaltérer et personne ne peut mourir !