La femme vit dans l’abjection la plus complète. Bête de somme, souffre-douleur, esclave.

Elle n’est pas la compagne, c’est la chose dont on peut disposer à son gré. Battue, humiliée, ravalée aux pires besognes, elle doit s’estimer heureuse de vivre.

Souffrances, privations, travail, c’est sa part la meilleure avec pour récompense les coups, la mutilation ou la mort.

Impure, elle doit se frayer une route hors des sentiers de la tribu. Elle doit dormir hors de la tente et hors du camp, elle met bas comme une bête de la forêt, sans parents, sans amis, toute seule. Aussi, les petites filles, le plus souvent, on les tue, la mère les étrangle elle-même ou les abandonne, parfois le père les dévore.

Ainsi la femme expie la chute de l’homme.

La faute originelle n’a-t-elle pas été commise par une femme ! N’est-ce pas elle qui a dérobé la vessie pleine de graisse de moelle, cette graisse si douce et si appréciée ?

Et le Grand-Esprit a puni les hommes qui souffrent désormais tous les maux de la vie. L’aventure est certaine.

Ecoutez, c’est la tradition qui parle :

« Aux premiers âges du monde, deux guerriers sont partis et se sont égarés… Après des journées de marche, ils arrivent sur une montagne où demeure un géant. Il y a dans ce lieu beaucoup de flèches. Le géant leur en donne deux très puissantes et leur dit :

«  — Quand vous tuerez un animal, ne reprenez pas la flèche, elle vous reviendra d’elle-même.