Sa main passe devant ses yeux et retombe accablée. Les doigts ont rencontré la croix, sa croix d’Oblat, sa croix de missionnaire.
Et le courage lui revient.
N’a-t-il pas accepté ce long et lent martyre ? N’a-t-il pas lui-même choisi cette vie pénitente, cette vie humiliante ?
La souffrance est son apanage mais il a la consolation de la foi.
Oui, mais là-bas, par delà l’Océan, c’est le séminaire ensoleillé, les bons maîtres, les condisciples. Une route s’offre à lui ; la vie paisible dans la campagne, le village assoupi dans la ceinture verte des vignes, la garrigue odorante où les troupeaux s’en vont, tintillants de clochettes, la ligne bleue de la mer et les voiles blanches à l’horizon.
Des ouailles paisibles, une église coquette, une cure ombreuse, le bréviaire est lu ; à l’abri de la treille, des abeilles font une ronde autour des grappes, un grillon chante dans l’herbe drue, la bonne herbe parfumée où les bêtes à bon Dieu processionnent. Le vin est frais, la chère savoureuse, les cuivres étincellent, dans la cuisine voûtée où la servante s’active.
L’Angelus ! Déjà ? Je vous remercie des grâces de ce jour.
— Pourquoi me tentez-vous, Seigneur ?
La porte s’ouvre sous un coup plus violent, la bourrasque entre qui chasse la vision. La réalité est là qui s’impose.
Personne ne verra sa douleur ni sa joie. Pauvre joie, douleur si grande d’être seul.