Dans un bol bleu, Anne m’a apporté du café noir.


Au-dessous de l’escalier, dans une soupente, un vieil homme siffle en menuisant.

Il rabote, cloue, scie, sans cesser sa chanson.

C’est une larve humaine à qui le froid a mangé les deux pieds, un soir qu’il s’était égaré dans la montagne, là-bas, vers le Sletafell.


Sur ma tête, un accordéon gémit des airs nostalgiques…

Son rythme met en mon cœur de lointaines réminiscences.

Airs farouches que jouait le gaucho, dans le bouge de Punta Arenas, airs de danses des saloons de l’Alaska… Airs sentimentaux dont des notes subsistent, qui me disent mon enfance alors qu’un couple d’Italiens chante dans la rue de ma ville natale.

Soleil de mon pays, longues nuits polaires, je vous revois tandis que pleure l’instrument.