Alors Anne est sortie, puis elle est revenue accompagnée d’une femme.

L’horrible avorton échappé du pinceau de Goya ! Mais sans mot dire, la joueuse s’installe, à mes pieds, sur un coussin. L’étrange chose, cette fille aux yeux clairs, ce grand garçon botté, au masque volontaire, et cette musicienne de sabbat…

Les bras s’étirent, l’accordéon pleure lamentablement, et soudain c’est le rythme endiablé d’une tarentelle, et comme une chaîne sans fin les morceaux se suivent, fous, épileptiques…

Assez, assez, je vais crier…

Au même instant, c’est la modulation d’une chanson naïve où l’âme s’amollit, chant de pâtre dans la montagne, amour toujours pareil sous toutes les latitudes ; les notes voltigent comme des lucioles ou s’appuient comme une caresse, ô baisers, musique des lèvres !

On s’attendrit… mais un galop nous emporte, cela finit dans un déchirement. Je ferme les paupières, et, quand je les rouvre, la sorcière n’est plus là, partie, fondue, disparue, engloutie. Je suis seul, tout seul dans la chambre avec la jeune fille aux yeux d’un bleu si tendre…


Le sommeil me fuit. Je sors de la maison endormie et je descends vers l’Océan.

Les vagues se dandinent et jouent, blanches sur la mer grise, d’un gris métallique.

Dans le ciel mauve, il y a des nuages lilas qu’un soleil invisible entoure d’un halo rose.