Anne est sortie.

La vieille est restée un moment près de moi ; seuls ses yeux vivent dans sa face parcheminée. Elle a essayé une vaine conversation, puis elle s’est tue ; alors elle a pris ma main dans ses deux pauvres mains ridées, puis elle a ri d’un rire rouillé qui a tiré ses lèvres en dedans.

Einar est, quelque part, avec un camarade. Je ne l’ai point vu depuis hier.

La bonne grand’mère trotte menu, puis disparaît.

Je recommence ma ronde, et l’odeur de la rose pénètre ma chair.

Je n’ai pas entendu Anne rentrer. Lorsque je me retourne, elle est derrière moi ; alors, sans un mot, elle a brisé la branche et m’a tendu la fleur d’un geste simple et familier.


Entre les pages de mon carnet de route, il est un petit spectre noir qui me rappelle le rêve effacé, bulle qu’aucune pointe n’a crevée et qui est montée, légère, vers les paradis où les amants ne sont jamais entrés.

Petit spectre noir, souvenir parmi les souvenirs de ma vie errante ; petit spectre noir dont l’âme parfumée est absente, partie avec le mirage de mon songe désabusé.

VII
AUX PORTES DE L’ENFER