Enfin, le sol devient moins spongieux, les roches réapparaissent, le cauchemar se dissipe d’un seul coup.
J’arrête mes chevaux qui tremblent encore, et de leur oreille j’enlève, avec le doigt, une confiture sanguinolente, moustiques et sang coagulé.
Et cependant, le paysage est magnifique. Barrant l’horizon de sa masse caparaçonnée de neiges et de glaces, il y a le Skarsheidi ; à droite, le grand lac étend ses eaux trompeuses. Plus loin, pour la première fois, les flots de l’Atlantique : c’est le Borgarfjordur, la côte ouest tant espérée, le but atteint, la fin de nos misères.
L’escalade recommence dans un lacis de rochers, granits primordiaux, racines de la vieille terre.
Dans une échancrure du mont, un torrent surgit, faisant un saut de trente mètres.
Nous passons à gué, l’ascension se poursuit. Le col est là.
Sur l’autre versant, trois petits lacs aux eaux pures dans lesquels la montagne se reflète à l’envers.
Une maisonnette au toit rouge, c’est la station téléphonique de Geitaberg.
A six heures, une borne nous dit :