Rejkjavik, 100 kilomètres.
Hvalfjordur : le fjord de la Baleine, seize milles de mer dans une échancrure de roches volcaniques.
A mes pieds, voici l’Océan dont les eaux clapotent sur la rive pierreuse.
Comme les guerriers de Xénophon, un émoi monte à mon cœur et malgré moi je répète : la mer ! la mer !
Les chevaux ont-ils compris ma joie ? Ils se hâtent, faisant se lever des oiseaux par centaines.
Kria, les hirondelles de mer, aux longues queues grises, effilées comme des couteaux, poussent leurs cris rauques et tourbillonnent autour de mon malheureux chien. J’interviens et chasse à coups de fouet les plus audacieuses ; les kjoi, gris et noir, compagnons des hirondelles, les kjoi qui ne savent pas plonger et qui volent le poisson dans le bec des hirondelles ; les loa au jabot noir cerclé de blanc qui ont une plainte miaulée… Ti…eu… ti…eu… ti…eu ; les eiders qui processionnent avec leurs nouveau-nés ; les petits mariatla bleu et blanc ; les gros tjaldur au grand bec rouge.
Tous ignorent la traîtrise de l’homme, certains ne se dérangent même pas. Des grappes de mouettes sont juchées, hiératiques et blanches, sur les aiguilles des rochers noirs.
Une famille phoque s’ébat, joyeuse, sur la grève. Le père, mastoc et lourd, rebondit comme une balle de caoutchouc ; la maman, en se dandinant, gagne le bord, saute à l’eau et fait des pirouettes, ce qui amuse beaucoup messieurs les phoquelets.