C’est bon l’herbe, c’est bon le soleil et, le chapeau sur les yeux, je dors, je dors.


A Cardiff, j’ai eu l’impression très nette d’un marché aux esclaves.

Dans la basse ville, près du port, des milliers d’hommes, marins et ouvriers, attendent, figures ternes, sans expression.

L’Angleterre digère la victoire. Sa peau est tendue à craquer, elle sue l’or du monde. La livre fait prime. La France saigne, l’Allemagne est knock-out, mais les hauts fourneaux anglais s’éteignent un à un, les sans-travail encombrent les rues, l’Irlandais regimbe, l’Égyptien rue, l’Indien guette…

Vous avalez sans mâcher, Grand’mère, vous avez de grandes dents…


Newport diminue et s’efface. Cardiff est barbouillé de suie.

Enfin, l’air, la brise ! Le canal de Saint-George est doux à naviguer. La mer d’Irlande est un miroir poli que rien ne trouble.

Mais, après avoir doublé l’île de Man, la danse commence. Le courant nous emporte dans le canal du Nord, entre l’extrême pointe de l’Irlande et d’Écosse.