S’échouer, c’est mourir. Entre Ingolfshofdr et Skaptàros, la mort est en embuscade.

Sur une dune de neuf mètres à Kalfafellsmelar, les hommes ont élevé une maison rouge sur laquelle une croix blanche se détache, le rouge sang des matelots perdus et le reflet immaculé des sommets inaccessibles.

Lagunes, marais, terres molles, torrents dévalant des glaciers, Skeidararsandr et Brunasandr, savez-vous combien de carcasses pourrissent dans votre domaine de mort ?

Mais le timonier est insensible à vos appels. Il n’a pas l’âme inquiète et trouble, lui ; c’est un Rochelais de vingt ans dont les yeux clairs et calmes fixent la rose des vents ; la direction est bonne, il ne déviera pas d’un pouce. Moi seul rêve de choses impossibles, moi seul ai des chimères qui battent des ailes sous mon crâne de civilisé.


L’aube du 14 juin. Dans la brume que le vent effiloche, debout à l’horizon, se dresse la masse énorme de l’Oréfajokul, le géant des glaciers d’Islande, debout sur le Vatnajokul, un des plus importants groupements glaciaires du monde.

Il paraît tout proche sous le clair soleil qui le fait miroiter, et cependant il est à des dizaines de milles, sentinelle avancée qui semble dire : « Ne venez pas ici, allez-vous-en ou si vous entrez, comme l’autre, autrefois, laissez toute espérance ».

Et le prudent Yport remonte la côte est, déchiquetée, rongée par les eaux, où se dresse la barrière abrupte des roches éruptives.

La terre est là. Ce qui frappe surtout, c’est la désolation, la nudité des monts, sans un arbre, sans un arbuste, sans un buisson, c’est le roc primordial tel qu’il a surgi de la terre au jour du cataclysme qui fit monter l’île des flots.

II
DANS LES BRUMES D’ISLANDE