Seydisfjord, là-haut, sous le cercle polaire, par 65° 16′ de latitude nord et 14° de longitude. Un fjord étranglé entre deux parois de basalte dont les escarpements sont à pic et les sommets couverts de neiges éternelles. Au fond de la passe, un port naturel où les morutiers, les baleiniers et les chasseurs de phoques trouvent un abri sûr, par gros temps, à la condition d’éviter les roches sournoises de la pointe Dalatangi et les récifs de la côte de Skàlanes à Vogahnuta.
A la condition également qu’il n’y ait pas de brumes. Le steamer Sterling s’est perdu, il y a trois semaines, pour avoir voulu forcer le brouillard.
Quand nous passons, nous apercevons le sommet du grand mât et quelques épaves que le flot emporte vers la haute mer.
Au mouillage de Vest-Dalseyri, il y a cinq chalutiers de Fécamp.
Les hardis marins de France accomplissent ici un labeur qui mérite d’être cité en exemple. Qui dira la vaillance de ces équipages subissant, sous un climat des plus durs, les rafales et les paquets de mer, travaillant parfois avec de l’eau jusqu’à la ceinture, accomplissant la rude besogne des morutiers, dix-huit ou vingt heures durant !
Sans se plaindre, sans grommeler, gaiement, à la française, nos matelots chalutent, taillent, coupent et salent le poisson.
Nous portons avec nous le courrier. Et les garçons de Paimpol, de Saint-Malo, d’Yport ou de Boulogne tendent vers nous leurs mains crevées d’ampoules et rongées par la saumure.
Je les ai tenues entre mes doigts, les pauvres chères choses à l’écriture hésitante et malhabile tracées par la femme ou la maman qui, depuis cinq mois, attend celui qui est parti. Et ceux qui sont partis attendent les lettres qui les poursuivent de port en port, de mouillage en mouillage, de Rejkjavik à Seydisfjord, de Seydisfjord au cap Nord, du cap Nord aux îles Westmann.