La flamme blanc et bleu — les couleurs de l’Islande — flotte à la cime des mâts. La ville a pris un air de fête pour célébrer l’anniversaire du citoyen qui a donné la liberté à son pays.
Le soleil joue sur les eaux vertes du fjord, le soleil faisant étinceler, là-haut, les neiges et dont les rayons paillettent les cascades qui, par centaines, dégringolent des monts.
Cette fête du soleil et de la neige est toujours pour moi un émerveillement, et je songe à Marrakech, la ville rouge, trois fois ceinturée de remparts, qui berce son indolence islamique au doux balancement des millions de palmes de son oasis, tandis qu’à l’horizon se dresse la redoutable barrière de l’Atlas.
Hélas ! ici, on chercherait en vain une symphonie naturelle pour magnifier la gloire du printemps.
Les Elfes, qui veillent dans les gorges ou dansent sur les plateaux, ne sont pas couronnés de thym et de marjolaine, comme ceux qui furent chers au poète. Bouleaux nains et saxifrages sont la parure de cette ingrate terre ; de-ci, de-là, le bouquet fragile de la « fleur d’agneau » met l’éclat mauve de ses multiples paupières. C’est toute la grâce du renouveau.
Grain à grain, au cours des siècles, dans des trous de lave ou le creux des rochers, la terre végétale a formé une maigre couche où s’accrochent désespérément des plantes qui s’entêtent à ne pas mourir.
… Le soleil met des nappes lumineuses aux pentes des toits clairs, et dans des jardinets minuscules de vieilles dames se penchent, pétrissant la terre de leurs doigts osseux afin de n’en point perdre la moindre molécule.
A force de tendresse attentive, elles ont la récompense de quelques fleurs. Mme Gudmüsen a, dans son jardin, une couronne de pâquerettes à collerette rouge, une touffe de myosotis et trois pensées ; la femme du pasteur n’en a que deux, mais elle a mis tout son espoir dans la promesse d’un géranium grand comme la main.