C’est jour de fête. Les Islandaises à corselet de velours brodé d’or, à tablier de soie changeante, passent au trot de leurs poneys.

Des pêcheurs féroéens, grands et blonds, portent sur l’oreille leur bonnet de laine noire rayée de minces filets rouges.

Les mousses des chalutiers français traînent leurs godillots sur les chemins pierreux ; ils vont, petits bouts d’homme haut comme ça, roulant des épaules, pareils à de vieux loups de mer.

Ils crânent, mains aux poches, frimousses effrontées, et lancent des gaillardises aux filles qui ne comprennent pas.


La nuit, le ciel reste d’un bleu tendre, mais les eaux du fjord s’assombrissent.


Une sirène déchire le silence. L’écho se répercute et s’agrandit. C’est le morutier Normandie qui entre dans la passe. Le capitaine Maillard, un beau marin qui aurait fait jadis un magnifique corsaire, est debout sur la passerelle ; ses matelots et lui tiennent la mer depuis quatre mois. Depuis quatre mois, ils tournent en rond autour de l’Islande, du cap Nord aux îles Westmann. Ses cales regorgent de poisson. Il est fier, ils sont fiers de leur ouvrage ; ils sont hâlés, jaunis, brûlés par les embruns et par le froid. Ils sont effroyablement beaux. Et le vers de Tristan Corbière est juste qui dit :

Leur tête a du requin et du petit Jésus.