Dans le chalut, parmi les milliers de morues, un apokal s’est laissé prendre. Le monstre aux dents aiguës gît sur le pont, grisâtre, rond, visqueux et flasque.
Dix hommes le poussent par-dessus bord ; il tombe sur l’appontement de bois avec un bruit mou. On l’éventre, il a dans l’estomac dix-sept grandes morues.
Trois Islandais sont venus, silencieux et graves ; ils ont dépouillé la bête, ils l’ont coupé en lanières de soixante-quinze centimètres après avoir mis soigneusement le foie de côté, un foie énorme qui donnera quinze à vingt kilogrammes d’une huile meilleure que l’huile de foie de morue. On emploie cette huile ici à des usages médicaux. Elle est souveraine, paraît-il, contre les maux de gorge.
Les trois hommes s’activent, les couteaux fendent la chair d’un blanc laiteux, les filets découpés sont enterrés.
Dans un mois, ils viendront les reprendre, les nettoieront, et, pendus à un crochet, ils sécheront à l’air libre pendant un an, après quoi ce sera un régal de fin gourmet… Si le cœur vous en dit…
Les moutons errent, faméliques, sur la montagne, flanqués d’agnelets d’une agilité surprenante.
Ils viennent sur l’appontement, happant ce qui tombe : croûte de pain, tête de morue, entrailles de poissons ou cordage oublié.
Nuit et jour, en toute saison, même par les froids noirs d’hiver, ils vont ainsi, errants et pitoyables.