Les vieux béliers terriblement cornus, dressés sur la pointe des rocs, ont l’air de monter, immobiles, la garde aux portes de l’enfer.
Loin de la ville, à l’Ouest, au milieu des tourbières, les eaux tumultueuses bercent le sommeil des morts.
Ici, sauf deux ou trois tombeaux, les morts sont anonymes. La terre est bossuée de tertres qu’une herbe courte recouvre.
Dans le coin, à gauche, une croix de bois grise, sans un nom. Un marin de France se repose là de ses courses lointaines. Il vivait pour la mer, la mer ne l’a pas pris. D’Yport ? de Fécamp ? de Paimpol ? On ne sait pas. Une fleur de myosotis a poussé là. Les chalutiers et les goélettes reviendront au port, un homme manquera… Sur la terre normande ou la terre bretonne, il y aura une veuve de plus, affalée de douleur aux marches d’un calvaire.
Demain, la fleurette mourra…
Demain, la neige nivellera les morts, et le petit matelot de France ne sera plus rien, plus rien, pas même un souvenir. C’est pourquoi, cet après-midi, j’ai trouvé pour lui des prières anciennes.
Près de l’église, au fond du fjord, il est une maison de bois qui m’est chère ; à la cime de son mât flottent les couleurs françaises.