Ce matin, le bleu du ciel est pareil au bleu du drapeau, la neige inviolée est pure comme lui, la rouge saigne au soleil des souffrances subies par la patrie lointaine.

Je ne suis ni gobeur, ni chauvin, mais à travers mes pérégrinations aventureuses j’ai toujours senti de la joie en mon cœur lorsque j’ai vu claquer au vent étranger le pavillon de France.

A San Diego, à la frontière mexico-américaine, dans le plus beau pays du monde, le consul te hissa en mon honneur, drapeau !… Et j’ai eu des regrets nostalgiques.

En Alaska, au hasard des placers, tu étais ma chose et mon orgueil et ma longue espérance.

Ici, tu affirmes que la France est présente avec les meilleurs de ses fils… On te dira qu’ils sont devenus fortes têtes, qu’ils te renient, comme ils blasphèment Dieu… Ça n’est pas vrai, je te le jure. Je les ai vus se battre avec des Danois, des anglais, parce que ceux-ci avaient proclamé leur suprématie, comme je les ai vus à genoux et priant sur le pont lorsque l’esprit de Dieu passait au souffle des tempêtes.


L’attaché consulaire de France a un nom tellement impossible, quelque chose en… sen, naturellement, que les morutiers l’ont baptisé Guimy.

Guimy est un Islandais qui s’enivre royalement chaque fois que l’occasion s’en présente, et Dieu sait si, avec les équipages qui se renouvellent constamment pendant la saison de pêche, les occasions sont fréquentes.

Être ivre est son état naturel. Fort heureusement, l’Islande est sèche. Il y a des décrets prohibitifs, des lois menaçantes…

L’Islande rongée de tuberculose et d’alcool avait besoin d’une forte discipline.