Une envie subite, irraisonnée, un coup de cafard monstre.

Allons, vieux, ça ne va pas, ce matin ?

Beau début… regarde la carte, il y a un joli bout de ruban… Hein ! Et puis ces fils qui s’enchevêtrent : rivières, fleuves, torrents ; ces hachures, montagnes à franchir, précipices à éviter, ces mille pattes minuscules, volcans, laves, ça ne te dit rien ?

Facile ! Donne l’ordre du retour. On t’accueillera à Seydisfjord avec le sourire… et à Paris donc… Dis-moi la tête que feront les copains, tu vois d’ici leurs gueules de travers ?

Ah ! non, pas ça !…

— Eh ! bien ! quoi, Einar, qu’est-ce que vous fichez ? Grouillez-vous, espèce de brute !

Mais Einar, philosophe, laisse passer l’orage. Il en a vu d’autres. Sans se hâter, il boucle les valises. Il a vraiment un chic extraordinaire pour équilibrer les bagages : une ficelle par-ci, une courroie par-là ; il coupe, il taille, il coud, avec la même impassibilité.

Soudain, il se retourne.

— Monsieur, il faudrait acheter un autre cheval.

— Hein ?