Pellicule, appareil, tout le fourbi, reçoivent la neige depuis des jours, traversent avec nous les rivières… mais le soir, lorsque je range soigneusement mon bagage, j’ai la satisfaction de voir que la maison Pathé, prévenante, a eu le soin d’écrire en grosses capitales tout autour des boîtes : « CRAINT L’HUMIDITÉ ».
Donc, le vieux cheval roux est chargé du matériel cinématographique.
Aussitôt, comme s’il comprenait le rôle qui désormais sera le sien, il prend la tête de la petite caravane.
Nous n’avons plus qu’à le suivre.
En sept heures, nous faisons quinze kilomètres. Impossible d’aller plus loin. La bourrasque de neige est d’une violence inouïe. Le vent descend du haut des monts et s’engouffre dans la vallée étroite où nous cheminons. Les aiguilles de glace piquent les yeux des chevaux qui hennissent de douleur. Je souffre horriblement de ma gelure.
Einar, lui-même, y renonce. Il faut s’arrêter à Vididalur.
Le paysan s’empresse. Nous débâtons les chevaux et rentrons sous terre. Devant un bon feu de tourbe, jambes étendues, j’arrache d’un geste machinal les glaçons qui, sur mon chandail de laine, font de pittoresques stalactites.
Comme je vais pour m’étendre sur le bat-flanc qui me servira de couche pour la nuit, j’aperçois mes chevaux errant à l’aventure ; leurs longues crinières et leurs queues traînantes flottent comme un drapeau sous les coups de la bourrasque toujours déchaînée.