Du sabot, ils raclent le sol, enlèvent la neige pour essayer de trouver une maigre pitance.
Ils vont errer ainsi toute la nuit ; lorsque la fatigue les gagnera, ils se coucheront dans la neige, et la neige qui tombe les ensevelira.
Ainsi faisaient mes chiens d’Alaska ; ainsi font les poneys d’Islande, livrés à la garde de Dieu, mangeant ce qu’ils trouvent, dormant où ils peuvent, ne connaissant jamais l’ombre tiède de l’écurie, le foin qui sent la prairie, l’avoine aux grains d’or.
Dans le silence, leur ronde inquiète est un cauchemar ; ils passent, ombres et fantômes, dans le tournoiement exaspéré des flocons blancs. Les montagnes noires ont disparu. Le ciel bas semble vouloir écraser la terre à force de détresse et de désolation.
Au réveil, changement de décor. Le soleil fait valser des millions de molécules dans un rais d’or pâle.
Le ciel est bleu. La montagne violette.
Un beau soleil nous fait cortège, les poneys galopent dans la pierraille ; mais bientôt la cendre volcanique couvre seule le sol, une cendre impalpable qui vole sous le pas des chevaux, une cendre qui a tout envahi, chassant l’ancien baer de Grimstadir dont elle a dévoré les ruines, obligeant les paysans à fuir. Ils ont établi leurs fermes à plusieurs kilomètres… Là-bas… tout là-bas, on aperçoit les deux cubes de ciment gris, car Grimstadir est un baer et une station postale.
C’est là qu’aboutit le courrier qui, tous les mois, suit la route que nous venons de parcourir. De Seydisfjord à Grimstadir, le postier va, par les noires gelées d’hiver, par des printemps pareils à celui-ci, franchissant les monts, traversant les rivières, apporter aux pauvres gens qui nous ont accueillis les ultimes nouvelles du monde civilisé.