L’homme de la poste est le seul lien qui les rattache à la vie.
On a séparé les agneaux des brebis. Par centaines, les agneaux bêlent ; les brebis, là-bas, répondent.
On ouvre la porte, c’est la ruée de cinq cents agnelets et la galopade des brebis.
Chaque petit cherche sa mère, chaque mère son petit…
Et lorsqu’ils se sont retrouvés, la brebis s’arc-boute, écarte ses jambes, l’agneau donne des coups de tête furieux, puis happe les mamelles ballantes.
Les uns tettent les genoux repliés, d’autres sont sur le dos ; d’autres tettent la bouche de travers… Ils s’impatientent, goulus… Une dizaine d’agnelets courent affolés, cherchant et bêlant, lamentables.
Si l’un d’eux se trompe de maman, la brebis se rebiffe et chasse l’importun à coups de tête.
Lorsqu’un petit meurt, on est obligé de tromper la mère en plaçant la dépouille du mort sur l’agnelet qu’on veut lui faire adopter.
Dans l’immense enclos, on n’entend plus que le baiser gourmand des agnelets.