Si vous étiez à Tarascon et qu’il vous prît la fantaisie de vouloir muser à Beaucaire, l’idée ne vous viendrait jamais de vous jeter dans le Rhône pour gagner l’autre rive.

Le fleuve est large, le courant rapide et puis… et puis il y a le fameux pont…

Une heure après avoir quitté Grimstadir, le Jokulsa nous barre la route, le Jokulsa qui est au Rhône ce que le Rhône est à la Seine.

Les eaux sont d’un gris cendré ; elles courent impétueuses, venant des grands glaciers.

Et cependant il faut passer. Il faut passer…

Le vieux poney de « bon conseil » n’hésite pas, lui ; il s’est approché, broyant sous ses lourds sabots les pierres ponces que le fleuve charrie et rejette en longue traînée d’argent sur ses rives, et bravement il s’est jeté à l’eau.

Les poneys porteurs, poneys de Panurge, suivent l’ancêtre sans discuter.

Einar pousse son cheval qui se décide après une hésitation.

Je pousse du talon le mien, il avance, recule, se cabre et soudain se jette à l’eau comme on se noie. D’un seul bond, il franchit trois mètres, tombe, souffle, hennit… et nage.