Les autres, là-bas, sont des points au milieu du fleuve. Seuls émergent les naseaux et le sommet du crâne.

La dérive est importante, le petit poney gris nage vaillamment ; comme il est le plus léger, le courant l’entraîne… Mais la bête est brave, son instinct lui dit qu’il ne faut pas se laisser aller, elle nage, nage, nage, éperdument.

Je n’ai pas vidé les étriers. Mon regard fixe l’autre rive, car lorsqu’on traverse un fleuve à cheval il faut bien se garder de suivre le courant des yeux, sans quoi, inconsciemment, on se penche et l’on perd l’équilibre… Et si l’on perd l’équilibre, c’est la mort pour le cheval et pour soi.

Se garder aussi de tirer sur la bride, le moindre mouvement et le cheval se retourne sur lui-même. Le résultat est identique : la mort.

J’ai les maxillaires crispés. Le froid ? non, la peur. Une peur insensée, stupide, qui me tient à la gorge…

Nous avons abordé à trois cents mètres de la crique où nous devions atterrir.


Fjord, voyant les bêtes à l’eau, a fait comme elles ; mais, poids plume, le courant l’emporte.

Il a gagné le milieu du fleuve, lorsqu’il change d’idée et revient à son point de départ.

Là, il secoue ses poils, s’assied sur son derrière et, la tête droite, il pousse un hurlement.