Mais sa lamentation ne dure pas, il s’élance à nouveau dans les flots.

Sa tête met une tache noire sur l’eau grise ; je l’aperçois longtemps, puis elle disparaît.

Pauvre, pauvre Fjord !

Soudain un jappement joyeux retentit, la petite bête maligne a coupé le courant en biais ; elle est allée aborder à plus d’un kilomètre en aval, mais elle a passé…

Tous deux, mouillés et frileux, nous nous serrons l’un contre l’autre.

C’est si doux de se retrouver lorsqu’on a failli se perdre !


Sur la rive du Jokulsa, il y a un sœluhus. Un sœluhus est un abri de pierre pour les voyageurs ; c’est une pièce carrée où l’on trouve, roulée dans un sac, de la laine brute sur laquelle on peut dormir, un poêle, quelques morceaux de tourbe, parfois même du charbon.

Sur le poêle, une théière, une casserole de fer battu… des provisions, morue ou flétan séchés à l’air, quelquefois une boîte de conserves.

Mais les paysans préfèrent passer la nuit dehors, car il court des histoires sinistres dans lesquelles les sœluhus jouent un rôle tragique.