C’est à l’intérieur de l’île que se sont réfugiés les esprits d’autrefois, non pas les dieux qui sont partis sans retour lorsqu’en l’an mille la parole de Christ les a chassés, non pas Odin ou Thor, mais les mauvais génies, les Alfas, les Trolls, les Géants, et le plus terrible d’entre eux : Olfür…, qui se plaisent à jouer mille tours à ceux qui sont assez téméraires pour venir les troubler dans leur domaine et dans leur solitude.

Malheur à celui qui s’endort sous le toit du sœluhus !


Einar, tout en effilochant sa morue sèche, me dit à voix basse :

— C’est vrai, monsieur, croyez-moi. Tenez, deux frères, Fredericsen et Jonson, étaient partis de Kirkjubaer ; ils allaient à Vopnafjordur, lorsque la tempête les rencontra comme ils traversaient le Jokulsarhlid. Le poney de Jonson tombe et se brise la patte. Le cavalier dit à son frère : « Gagne le sœluhus, qui est au pied du Smjurfjall. » Le Smjurfjall, volcan où chacun sait que les esprits des ténèbres sont déchaînés…

« Malgré la neige, Fredericsen trouve le sœluhus. Il essaie de faire du feu, impossible ; il cherche à tâtons la laine pour se coucher : pas de laine ; à manger, rien, pas ça ! De guerre lasse, il s’accroupit et s’endort… Soudain, il est réveillé par des coups que l’on frappe à la porte. Claquant des dents, Fredericsen se signe, le bruit cesse… Un instant après, il entend des pas au-dessus de sa tête, et pan, pan, pan, pan, les coups ébranlent la poutre maîtresse du toit et, dans la hurlée de l’ouragan, il perçoit un cri immense… On l’appelle… Cette voix, c’est celle d’Olfür, qui punit l’imprudent, Olfür qui réclame sa proie, Olfür pourvoyeur de la mort…

« Cinq jours après, des paysans qui passaient ont trouvé, couché devant la porte, gelé à bloc, Jonson, et dans le sœluhus Fredericsen qui riait, riait, riait… »


Après le fleuve, pour la première fois, nous rencontrons les laves qui, par larges coulées, sont venues jusqu’ici.

Et c’est Dante à nouveau que j’évoque devant cette vision de l’Enfer.