A droite, à gauche, devant, derrière, partout des torrents de lave figés dans les derniers soubresauts du plus effroyable des cataclysmes.
La lave ride le ventre de la vieille terre, lasse de ce prodigieux enfantement.
Ici, la plaie est récente, elle date de quarante ans à peine ; plus loin, c’est le hérissement des roches éruptives, affectant des formes propres à frapper l’âme des hommes.
Les bêtes de l’Apocalypse ou de la mythologie, tout ce que l’imagination humaine créa dans sa peur horrible de l’inconnu, est là.
Gueules bâillant sur des gouffres d’ombre, animaux antédiluviens en route pour une chevauchée effroyable ; faces grimaçantes de monstres chinois, membres tordus comme des flammes, tout se rencontre et se confond dans un même sentiment : la faiblesse de l’homme devant la redoutable volonté de Dieu.
Je ne sais comment Alighieri, sous le pur azur florentin, a conçu sa descente aux enfers, mais, tandis que mon cheval s’avance, le vent, qui vient ici en droite ligne du pôle, m’apporte les harmonies de Berlioz et de Boïto.
Et pour que la sensation soit plus cruelle, plus juste aussi, une montagne, ocre jaune et saumon, se dresse, qui fume par d’invisibles pores, et l’odeur du soufre pique la gorge et fait pleurer les yeux.
Heureusement, voici le lac Myvatn.