Dans une des guerres qui désolent périodiquement ces régions, Samory et sa mère furent faits prisonniers et conduits dans le Modioulédougou. En route, Samory réussit à s’échapper et vint se réfugier à Médina dans le Ouorocoro. Ce pays était commandé par un marabout vénéré nommé Sori Ibrahim, mais connu aussi sous le nom de Fodé-Birama. Ce musulman, auquel on amena Samory, le fit aller à son école et l’instruisit lui-même dans les principes du Koran, le traitant avec la plus grande bienveillance.

Sori Ibrahim fit à plusieurs reprises la guerre au Modioulédougou, au Gankouna et au Toukoro ; Samory eut toujours la bonne fortune d’accompagner son maître. Dans plusieurs de ces affaires le jeune homme se distingua par sa bravoure ; son maître et chef, pour l’en récompenser, lui donna un certain nombre d’esclaves. Mais les succès grisèrent Samory, il voulait commander dans la maison de son bienfaiteur ; de sorte qu’un jour de mauvaise humeur, Sori Ibrahim lui assena un coup de bâton dans la figure (ce coup de bâton est attribué à Bitikié Souané d’après la version racontée au capitaine Péroz), et bientôt Samory fut forcé de quitter la cour de Sori-Ibrahim avec ses esclaves et de faire retour à Bissandougou (1868). De sa mère, il n’en est point question.

A Bissandougou, il ne prit pas de service auprès de Bitikié Souané. Ce chef était vieux et n’avait que peu de guerriers ; du reste, Samory, à ce moment-là, s’il rêvait au pouvoir, ne songeait qu’à se créer des partisans, et pour cela il reprit son métier de marchand avec ses captifs ramenés du Ouorocoro.

Au bout de quelques années, le nombre de ses esclaves avait augmenté assez sensiblement pour poser Samory parmi les gens les plus influents de Bissandougou ; de sorte qu’à la mort de Bitikié Souané il n’eut pas de peine à se faire accepter comme chef de village. Ceci se passait à peu près en 1870-71.

Deux ans plus tard, en 1873, un nommé Famodou, descendant de Bitikié Souané, établi aux environs, marcha avec ses partisans contre Samory ; les deux partis se rencontrèrent non loin de Bissandougou. Samory battit les guerriers de Famodou, s’empara de sa personne et le fit décapiter sur la place du village.

Ce fait d’armes, insignifiant en apparence, eut cependant un grand retentissement ; tous les villages des environs vinrent se ranger sous la bannière de Samory. Le Komo, le Torong et le Konia, habilement préparés par les émissaires de Samory, se détachèrent de Sori Ibrahim et le proclamèrent leur chef. Seule Sanancoro ne voulut pas se rendre, pour se conserver à Sori Ibrahim. Samory alla assiéger cette petite ville, qui ne se rendit qu’au bout d’un siège de six mois, en releva l’enceinte, et en fit sa future capitale et citadelle. (Fin 1873.)

1874. — Sori Ibrahim, en guerre contre le Kabadougou, ne peut songer à chasser Samory du Konia, ce qui fait penser, dans le pays, qu’il craint de se mesurer avec lui, et augmente le nombre des partisans de Samory, qui accourent de tous côtés.

Maître de la situation, Samory songe à augmenter ses territoires et à se constituer un empire à l’aide des provinces de Kankan Mahmadou, dont l’empire a commencé à se désagréger à la mort de ce souverain, et n’a fait que s’amoindrir depuis la défaite de ses deux fils à Kangouéla et à Niako en 1870.

1874-1875. — Samory s’empare, presque sans un coup de feu, de toutes les provinces sud du Ouassoulou.

1875. — Alliance offensive et défensive de Samory avec le Mamby de Kangaba.