Août 1888. — Retraite des débris de l’armée de Samory qui n’est pas parvenu à s’emparer de Sikasso.
Nous venons de voir comment Samory s’était peu à peu créé un très vaste empire, aussi croyons-nous qu’il n’est pas sans intérêt de dire comment et par quels moyens il y est arrivé, comment son pays est organisé et ce que nous pouvons espérer de cet allié.
Samory possède toutes les qualités physiques et morales pour entraîner et fanatiser des peuples aussi crédules et aussi superstitieux que les nègres. Pour augmenter son prestige contre les peuples qu’il vent soumettre, il emploie surtout la terreur. Dans son pays, on ne prononce jamais son nom. Tout individu qui aurait l’audace de le désigner autrement que par le titre d’almamy aurait immédiatement la tête tranchée. C’est le despotisme dans toute l’acception du mot.
Son œuvre n’est pas comparable à celle d’El-Hadj Omar, qui poursuivait au moins un but, celui de créer un vaste empire musulman.
Samory n’en est pas là : chez lui, l’organisation religieuse est à peu près nulle, et le Coran ne préoccupe pas outre mesure ses sujets ; il y a bien dans quelques villages une mosquée, ou plutôt un emplacement servant de lieu de prières, mais le salam est chez lui une chose secondaire. La seule stricte observation du Coran est la défense, sous peine de mort, de boire du dolo. Encore cette prescription ne lui est-elle pas suggérée par les lectures saintes, elle a tout simplement pour but d’augmenter les ressources en céréales, maïs, mil et sorgho, destinées à nourrir tous les gens qui constituent la maison de l’almamy, femmes, esclaves, guerriers, et d’alimenter les colonnes expéditionnaires.
Nous avons parlé déjà de l’obligation de chaque village de cultiver pour l’almamy un champ dont la surface n’est nullement proportionnée au nombre d’habitants, mais qui est laissé au libre arbitre des dougoukounasigui et des sofa sous leurs ordres. Eh bien, les produits de ces champs ne suffisent pas, à cause de l’immense gaspillage : il lui faut encore s’emparer des récoltes sur pied de tous les malheureux Bambara sans défense, et de celles des habitants des pays nouvellement annexés.
Un tel état de choses ne peut faire prospérer un pays. Du reste, de budgets il n’y en a pas, les ressources directes ou indirectes ne sont pas organisées, et aucune fonction n’est rétribuée.
Il faut un train de maison à Samory et à sa cour, il lui faut récompenser les gens qui lui rendent service et donner à ses chefs de colonne les moyens de pourvoir à l’organisation de leurs troupes, achats de chevaux et de munitions, d’armes et d’effets.
Comment payer tout cela :
1o En laissant tout le monde piller un peu à l’aise ;