Une nouvelle ère devait commencer, celle qui en réalité doit suivre la conquête, c’est-à-dire l’ère de l’organisation pratique des pays nouvellement conquis et de leur mise en valeur ; en un mot, il s’agissait de livrer à l’exploitation industrielle, commerciale et agricole les vastes territoires que trois campagnes glorieuses avaient annexés à notre vieille colonie du Sénégal.

Mais là ne devaient pas se borner nos efforts, et parallèlement à l’ère d’organisation devait se poursuivre un autre but : « continuer la pénétration ».

Notre influence et notre autorité bien assises auraient certainement eu pour résultat la substitution d’un commerce honnête aux infâmes pratiques de brigandage, de la traite et de l’esclavage.

Pour cela il importait en premier lieu d’arracher les populations de la rive droite à la tyrannie de Samory, il aurait fallu abattre la puissance de ce marchand d’esclaves.

Il y avait donc encore à faire et je n’apprendrai rien de nouveau à ceux qui ont collaboré avec le colonel Desbordes, car tous en étaient intimement convaincus.

A ce moment, les populations opprimées par ce tyran de Samory imploraient notre secours et réclamaient notre protectorat ; de tous côtés nous arrivaient des émissaires nous demandant de les protéger et nous offrant leur alliance.

On sait comment ni l’un ni l’autre de ces buts n’ont été atteints complètement.

Les crédits successifs demandés au pays avaient indisposé nos législateurs contre l’œuvre du haut fleuve. Et il ne pouvait en être autrement, les crédits affectés à la construction de la ligne de chemins de fer avaient été engloutis par une coupable négligence. A Paris on ne voulait plus entendre parler de rien.

De 1883 à 1889, on a immobilisé sans profit dans le triangle Kayes-Yamina-Siguiri des forces qui, sous prétexte de ravitailler nos postes, appauvrissaient le pays en dévorant ses ressources, tandis que pour la même dépense de crédits on aurait pu établir notre influence du Sénégal au Tchad et du Tchad au Congo.

Loin de nous aliéner la sympathie de tous les pays actuellement sous la domination de Samory et de Tiéba, nous aurions au contraire été reçus et accueillis par eux en libérateurs. De simples traités d’amitié et de commerce conclus avec les diverses confédérations de la boucle du Niger auraient assuré notre suprématie en nous donnant le monopole du commerce dans la boucle entière du Niger.